Manu le paysan moderne : quand modernité rime avec simplicité



À une quinzaine de minutes du centre d’Aix-en-Provence, entre les Milles et le Jas-de-Bouffan, se trouve une exploitation maraîchère d’un autre temps et pourtant bien récente. En arrivant sur les lieux, un bruit de moteur alterne avec le chant des oiseaux. En s’approchant d’une des serres, à travers un carreau, nous pouvons apercevoir un petit tracteur des années 60 mis en mouvement par Manu le paysan moderne. Si la modernité ne se lit pour l’instant que dans le style jean, baskets du jeune agriculteur, nous comprenons plus tard qu'elle se cache aussi dans le fait d’utiliser le strict minimum comme cet ancien tracteur.



Un attachement aux terres du Sud


Si Manu nous rappelle ou nous apprend dans un point « culture » que le terme de maraîcher désignait au XVIII ème siècle les cultivateurs de terres situées généralement sur les marais autour de Paris. Force est de constater, que jamais son exploitation n’aurait pu naître aux abords de Paris. Étant très attaché aux terres du Sud, celles où il a grandit et découvert depuis petit leurs caractéristiques, il se décrit aujourd’hui comme « localiste » et se plaît à en découvrir toujours plus sur la faune de ses champs.


Du métier d’éducateur spécialisé à celui de paysan : la continuité d’un engagement humain


Avant de devenir agriculteur, Manu, de son vrai prénom Emmanuel, était éducateur spécialisé dans des structures médico-sociales auprès d’enfants, d’adolescents, puis de jeunes adultes en difficultés. Ce sont les évolutions de son travail, avec notamment, une hausse des tâches bureaucratiques, qui le poussent à changer de profession. Il ne se retrouvait plus dans le fait de passer davantage de temps à rendre compte de ce qu’il faisait, qu’à concrètement aider les jeunes. Ainsi, l’idée de devenir agriculteur, qui pourrait être vu comme une rupture, marque en fait une belle continuité. En effet, depuis 3 mois, il emploi un mineur bangladais non accompagné en tant qu’apprenti sur les terres. Ce jeune étant né dans un milieu agricole dans son pays, il souhaitait se former à un métier proche de la nature. L’objectif de Manu est donc de permettre à son apprenti et à d’autres à l’avenir, de se former afin de les ouvrir à un métier qui, bien que physique, peut se voir gratifiant. Aider des jeunes à s'insérer a donc motivé son projet de reconversion.



Un maraîcher engagé


Outre son engagement auprès des jeunes, l’exploitation est aussi pour Emmanuel une manière de s’engager dans une démarche environnementale. Il n’utilise, pour ce faire, que des produits organiques telles que des couvertures biodégradables pour recouvrir les plantations. Il n’emploie que des engrais et pesticides naturels à base de fientes de poule et aucune matière plastique pour transporter ses légumes. Quant au tracteur, il n’est de sortie qu’une fois l’an, en mars, pour semer les graines des beaux jours. À terme, Manu envisage de ne plus s’en servir du tout. Sensible à la cause animale, il souhaite utiliser le moins de rotatives possible pour protéger les petits insectes dans le sol. Cette démarche de développement durable réside aussi dans la volonté d’inscrire ses achats dans le territoire. Le fumier est donc livré par un agriculteur local tout comme le broyat de bois, qui provient d’un circuit court et local.


Que se cache-t-il derrière la dénomination de paysan moderne ?


Manu se présente comme paysan moderne. Ces deux mots le décrivent bien. Le premier terme, plutôt ancien, décrit au mieux sa méthode de travail. Le second, plutôt récent, son mode de vie citadin à Marseille. Cet oxymore peut cependant être vu différemment. En effet, les deux termes de paysan et moderne peuvent s’accorder. Selon lui, la modernité ne réside pas dans les méthodes de l’agriculture qui s’est développée durant la période industrielle des années 50. La modernité : « c’est reprendre des méthodes de production comme elles existaient au début du XXe siècle et même avant ». Une production sans machine, et avec des produits uniquement organiques. Il y a donc un nouveau monde de l’agriculture qui se rattache à l’ancien (pré-industriel), c’est ce dernier que développe Manu.



Devenir agriculteur : une liberté semée d’embûches


Après un an de formation pour apprendre le métier de maraîcher biologique et obtenir son Brevet Professionnel d’Exploitation Agricole, il lui a fallu aménager petit à petit les 3 hectares de terre. Si Rome ne se fait pas en un jour… une exploitation agricole non plus. Entre l’obtention de l’accréditation pour cultiver sur les terres et la première carotte déterrée, il faut beaucoup, beaucoup d’énergie, de temps et d’investissement, ne serait-ce que pour la mise en place des conduits d’eau. C’est ainsi grâce à une bonne dose d’abnégation, de travail et de fortes convictions que le projet a vu le jour. Aujourd’hui, Manu voit tout de même son activité professionnelle comme une source de liberté. C’est le travail dans la nature, et le fait de pouvoir choisir ses produits tels que l’oca du Pérou (petit artichaut violet) ou encore le chou Kale (chou frisé). Une liberté dont il ne se lasse pas, car le weekend, pour son plaisir, il cueille des champignons et des asperges. Cette aventure maraîchère est aussi synonyme d’entraide, grâce à une convention passée avec un agriculteur du champ voisin, ils s’échangent des outils et des services.


Du champ à l’assiette


La vente des produits du paysan moderne se fait dans une épicerie paysanne Marseillaise, ainsi qu’en cagettes boulevard National tous les mercredis soirs. Puis des restaurants l’ont contacté, désireux de proposer des légumes bio et locaux à leurs clients. Ainsi, pour trouver les légumes et les fruits du sol (fraises, melons et pastèques) de Manu, vous pouvez vous rendre à la Fabriquerie avenue de la Corse, à la Mercerie à Noailles, aux Halles de la major ou encore aux Eaux de Mars quartier Longchamp à Marseille.



Instagram de Manu alias le paysan moderne